« 18 septembre 1860 » [source : BnF, Mss, NAF 16381, f. 246], transcr. Amandine Chambard, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10056, page consultée le 06 mai 2026.
Guernesey, 18 septembre 1860, mardi matin, 7 h.
Bonjour, mon cher bien-aimé ; bonjour et BEAU jour en dépit de Mme HIPPOLYTE1a. Tu étais bien pressé de t’en
aller hier encore plus que les autres soirs. Depuis longtemps tu ne me donnes même
pas
le temps de te serrer la main. Cependant tu n’as pas à craindre de trouver ta maison
close puisqu’il y a bal de nuit tous les soirs chez toi et d’ailleurs tu es rentré
forcément en POSSESSION de ta clef dont les photographes n’ont jamais eu grand besoin.
De tout cela il résulte trop clairement pour moi que c’est bien naturellement et de
ton plein gré que tu me quittes même avant tout le monde. Cette preuve ne me rend
pas
plus fière ni plus heureuse que si je me voyais assez aimée pour que tu perdes deux
ou
trois minutes à m’en convaincre une ou deux fois par semaine. Du reste tu fais bien
de
ne pas te forcer là-dessus et je te prierais même, s’il en était besoin, de ne tenir
aucun compte de mon observation car avant tout, mon pauvre bien-aimé, il faut que
nous
restions vrais l’un envers l’autre, dût cette vérité être parfois morose et
triste.
J’espère que tu as bien dormi, mon petit homme, et que tu as trouvé tout
ton monde en activité de sauterie et de gaieté en rentrant hier au soir. Du reste
il
fait un temps charmant ce matin, il faut le constater d’autant plus qu’il est plus
rare. Malheureusement ce n’est pas JEUDI et d’ailleurs l’ouverture de la chasse aux
viers coffres n’a pas été assez giboyeuseb pour t’engager à la continuer cette
année. Quant à moi je suis à tes ordres pour tout ce que tu voudras et s’il te plaît
de sortir aujourd’hui je serai toute prête. Jusque-là je t’aime à poste fixe.
Juliette
1 Mme Lucas, femme d’Hippolyte Lucas, est en visite avec sa fille Alphonsine.
a « HYPOLITE ».
b « giboieuse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo se replonge dans son manuscrit des Misérables. Juliette attend impatiemment qu’il lui donne à copier.
- 12 juinElle part à Jersey, où Hugo la rejoint le surlendemain, pour un meeting de soutien à Garibaldi.
- 19 juinRetour à Guernesey.
- 30 décembreHugo se remet aux Misérables.
